Péripéties sur la Ruta 3 en Patagonie argentine

Pays visité du 7 avril au 2 mai 2022

Sixième chronique de ce voyage en Argentine.

J’ai voyagé avec une amie qui préfère ne pas apparaître dans ce blogue.

Les articles suivent la séquence chronologique de notre itinéraire.

À vous de les lire dans l’ordre qui vous plaît.

Bonne lecture!

Isabelle

 

 

Nous quittons donc El Chaltén le cœur gros de n’avoir pas pu explorer les montagnes tel que prévu. Nous prenons la route 23 dans l’espoir de rouler sur la légendaire Ruta 40 et dormir quelque part en chemin.

Oiseau de proie aperçu en quittant El Chaltén

 

Le détour

123 km plus tard, arrivée au minuscule village de Tres Lagos, où se trouve la jonction avec la Ruta 40, je vois un cône au milieu de la route avec une feuille blanche collée dessus. Une feuille 8 ½ x 11, avec des mots écrits à l’ordi.

Village Tres Lagos

 

Je ne m’y attarde pas et je continue mon chemin. Quelques km plus tard, la route asphaltée disparaît et se découvre la garnotte en guise de trajet. Bof que je me dis… elle est bien tapée cette garnotte… Je poursuis donc mon avancée.

Ruta 3 en garnotte entre El Chaltén et Bariloche – Patagonie argentine

 

Puis, cette chaussée quand même manœuvrable fait subitement place à un sentier routier boueux et impraticable. Alors, l’évidence me saute aux yeux et je dois rebrousser chemin.

On revient donc à ce cône et on se résigne à aller voir ladite Policia, tel que prescrit sur ledit papier.

Poste de police du village Tres Lagos – Patagonie argentine

 

Monsieur l’agent n’est pas du tout sympathique et avec une face non négociable, il nous dit bêtement qu’il nous faut faire un détour via Rio Gallegos pour aller prendre la R3 puis remonter ensuite vers le nord.

Euhhh pardon ?!? Ce léger détour de 600 km ne me réjouit pas une miette !

Après avoir vu l’état de la route, je ne m’obstine pas. Bref, on arrête mettre de l’essence dans la seule station aux alentours. Contrairement aux dires du Lonely, les tenanciers de cette station-service n’ont absolument rien de sympathique.

Un Guanaco mort sur la Ruta 3 entre El Chaltén et Bariloche

 

La dame me charge un prix exorbitant pour l’achat de 2 cafés à l’eau de vaisselle. Je lui demande para llévar (pour emporter), mais l’option vient juste dans un verre en styromousse, sans couvercle.

Ce qui est le cas un peu partout en Argentine d’ailleurs. En effet, les argentins boivent des expressos ou du maté, mais jamais des cafés américano, du moins pas en déplacement.

Donc, pas de couvercle.

Ainsi, apprécier un bon café tout en conduisant est une activité impossible pour le moment, ce qui m’aurait un tantinet réconforté vu la situation. Caro et moi buvons donc notre eau de vaisselle sur le bord de cette station d’essence tout en riant aux éclats, genre rire nerveux, de l’absurdité du moment.

Puis, on roule. À l’infini. Toute la journée. On se pratique la résilience. Sur les routes argentines qui s’étirent sans fin.

Ruta 3 – Patagonie argentine

 

La panne d’essence

Une pancarte de ville nous indique la présence de gaz prochainement. Ma copilote et moi calculons le nombre de km d’autonomie qu’il nous reste dans le réservoir et décidons que nous allons être corrects jusqu’à l’autre ville d’après. Ce stop essence nous aurait fait faire un détour.

Franchement, ça ne nous le disait pas, le détour.

Donc, on roule. À l’infini. Toute l’après-midi.

Le ciel commence à annoncer sa révérence quand soudain la p’tite lumière de gaz allume. Le cœur me serre et j’ai soudain la panique qui m’écarquille la pupille. Caro aussi éprouve les mêmes symptômes, à sa façon. On est comme au milieu de nulle part, et à égale distance entre notre arrivée et cette station que nous avions boudé 100 km plus tôt.

Voiture brulée vive sur le bord de la Ruta 3

Tatouée de tags

Signature de gang probablement pas trop gentils

 

Je vois un camionneur (transportant du gaz, on ne sait jamais que j’me dit) dans un stationnement de restaurant désaffecté et je décide d’aller lui demander conseil, avec mon espagnol touristique.

Je me stationne près de lui. Un monsieur plutôt louche débarque de son camion avec un air agacé. Il rattache sa ceinture en s’approchant de ma voiture.

Après avoir écouté mes propos paniqués, il se met à me sermonner sans vergogne en gesticulant dans tous les sens. Et sans avertir, il me pince le nez en se penchant la tête à travers ma fenêtre de voiture !

Ma traduction libre de son discours se résume ainsi : nous sommes deux jeunes femmes étrangères et folles de prendre la route en ces contrées surpeuplées de bandidos qui vont nous violer, nous voler et nous tuer la nuit venue. Sinon, nous allons mourir de froid advenant le cas d’une panne d’essence. Bref, dans les deux scénarios proposés par le chauffeur douteux, nous mourrons.

Alors je m’énerve à mon tour, sors de la voiture, explique audit personnage que nous n’allons pas manquer d’essence, mais que nous voulons juste connaître la station la plus proche. Et aussi je lui demande s’il ne peut pas, à tout hasard, nous vendre de la gazoline vu l’évident chargement de gazoline qu’il transporte.

Il ne peut pas, pour le gaz. L’explication n’est pas claire selon ma traduction libre. Mais ce qu’il peut (et veut) faire c’est nous escorter sur la route et nous aider si nous manquons de gaz.

Je n’aime pas du tout son idée, le suspectant d’être aussi mécréant que les voyous dont il nous a dit de nous méfier.

Je signale que Caro est toujours assise dans la voiture et doit tenter bien que mal de comprendre ce qui se passe… j’ajoute aussi qu’au moment où le monsieur au fond-d’culotte-slaque me propose son idée, moi j’ai en tête la voiture brulée vive aperçue plus tôt sur le bord de la route. Pas génial comme moment. 

Ainsi, je le remercie vivement et je reprends la route, encore plus paniquée qu’avant cet arrêt infructueux. Caro, incrédule, ne comprenant pas trop ce qui vient de se passer, me presse de lui offrir ma traduction libre. Bon, j’avoue que sur le coup, j’ai omis de lui dire pour les bandidos, le viol et la mort certaine. J’ai pensé que ce n’était pas nécessaire de lui traduire cette information, fausse de toute évidence. Du moins, je le souhaitais ardemment.

La peur au ventre c’est en priant dans un silence pesant que nous avons parcouru les km suivants. Le soleil nous quitte avec une lenteur douloureuse et ce déclin de luminosité aggrave notre sentiment violent d’insécurité routière.

De temps en temps on se rassure du mieux qu’on peut avec des scénarios d’espoir et des hypothèses calculées, entre autres sur le volume du réservoir d’essence et du fait que la lumière ce soit allumée beaucoup trop vite (selon ma grande expérience de route, tsé).

* * * * *

Au loin, les lumières blanches d’une ville nous ont ramenés au moment présent dans un vacarme de rires nerveux et de larmes de stress.

On était sauvées !

Piedra Buena aura été notre joie la plus profonde de ce voyage. La bière ce soir-là aura été la meilleure consommation consommée depuis des lustres.

Piedra Buena sur la Ruta 3 – Patagonie argentine

Bière bien méritée à Piedra Buena – Patagonie argentine

Statue de Mafalda dans la ville de Piedra Buena – Patagonie argentine

 

Et que dire de ce fou rire insatiable que nous avons eu en parcourant ce village étrange peuplé d’énormes statues affreuses un peu partout. Effet secondaire du stress et de la fatigue, certainement. Dans tous les cas, ce moment ne peut qu’être inoubliable !

 

Rio Mayo

Le lendemain, on the road again, pas le choix si on veut arriver un jour! Un stop obligé devant la pancarte de cette ville où la population de moutons (800 000) est plus élevée que celle des humains (2800) (référence : Lonely Planet).

Rio Mayo – Patagonie argentine

 

Repas épique dans un resto authentique argentin

À la fin d’une longue journée de route (encore), épuisées, lessivées, à bout et affamées, on décide de déposer les sacs pour la nuit dans le village de Tehuelches.

Vraiment sans intérêt comme arrêt. Ville d’aucun charme. Du moins, sauf pour ce restaurant tenu par un octogénaire, s’exprimant dans un joual argentin et dont la gentillesse nous a immédiatement séduites.

Restaurant typique à l’entrée de la ville de Tehuelches

 

Le menu était dicté par le vieux monsieur dans son joual incompréhensible pour mon espagnol trop bas de gamme. Ainsi, nous avons acquiescé à toutes ses suggestions et avons mangé le meilleur repas du voyage !

Soupe maison absolument délicieuse

Steak cuit dans le four au charbon avec un oeuf au plat, des patates bouillies et une salade fraîche

 

La panse bien remplie, nous passons la nuit dans un motel douteux, question d’être top shape pour notre arrivée à Bariloche le lendemain.

 

Article à venir bientôt : Bariloche, visiter la Suisse argentine

Toutes les photos de cet article et plus encore se retrouvent sur la page Facebook de Cœur de nomade, sous l’onglet photos > album > Argentine.

 

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Vous avez eu la chance de visiter l’Argentine ?

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Je suis curieuse de vous lire 🙂

 

 

N.B. Notez que toutes les photos de ce blogue sont miennes et ne sont pas libres de droits.

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