Road trip dans les Alpes japonaises

Première chronique de notre voyage au Japon. Elles se suivent toutes chronologiquement selon notre itinéraire. À vous de les lire dans l’ordre qui vous plaît. Bonne lecture!

Isabelle & Jérémy

 

 

De chez moi à notre destination nippone, c’est presque qu’un voyage en soit !!

Rapidement : départ de Sept-Îles en avion, direction Toronto avec escale de 2 h à Québec. Courte nuit suivie d’un vol Toronto-Shanghai (14 h) où j’ai eu la brillante idée de faire une rapide visite de cette ville chinoise. Donc 22 h d’escale, une nuit courte et touchante et un stress dans le métro plus tard, nous voilà dans l’avion encore pour un vol Shanghai – Tokyo (3 h).

Après une autre courte nuit à Tokyo, nous prenons la route avec la voiture de location pour un merveilleux road trip de 5 jours dans les Alpes japonaises.

Ci-bas: première expérience dans un salon d’aéroport… Ben du fun!

 

premier salon d'aéroport

La fois où j’ai pris la route au Japon, conduite à gauche !

On va s’le dire ben honnêtement : j’ai eu la chienne !

Après des instructions longuement détaillées par le dude du concessionnaire, dans un anglais pas vraiment compréhensible (ça se résume au final par un tapon de mimiques faciales et on comprend bien ce qu’on est capable de comprendre !!), donc après tout ça, je me retrouve assise derrière le volant, prête (mais pas tant que ça) à prendre la route.

Mes pieds cherchent les pédales, j’actionne les essuie-glace au lieu du clignotant (car tout est inversé)… le char fait quelques stops n go style rodéo western… Et c’est là que le dude, dans une bonté extrême (ou la crainte évidente qu’une touriste clairement pas en confiance scrap son véhicule avant même de sortir de la court !), donc c’est là que le dude se lance dans la rue en gesticulant frénétiquement pour stopper le trafic et me guider vers ce qui fut un des stress les plus intenses de ma journée : la route conduite à gauche !

L’ado, ben planté dans son siège, ne disant pas grand-chose… pas sûr qu’il relaxait en toute zénitude !

Comparatif : Tokyo à 11 h, ça ressemble à Jean Talon à l’heure de pointe.

 

Direction Minakami : l’expérience Onsen

 

pont du ryokan

J’ai pris mes aises assez rapidement sur cette conduite inversée. Un peu moins douillet par contre une fois sur les routes étroites et sinueuses des montagnes. Je ne compte plus le nombre de fois où mon cœur cessa de battre agressivement, surpris par un potentiel face à face au détour d’une courbe…

Niché très haut dans les montagnes, ce ryokan (auberge traditionnelle japonaise) avec ses onsens (bains chauds de sources thermales) inspire une détente clairement méritée !

 

ryokan

 

Ben pressée d’aller relaxer après la découverte des routes japonaises, voilà qu’un obstacle inopiné me calme les ardeurs : la nudité.

En effet, le rituel du bain japonais exige de se doucher avant le bain. En gros, on doit se laver et se rincer avant d’entrer dans les bains. Les femmes peuvent porter une tite jaquette (fiou) pour aller dans les bains mixtes. Reste que je dois me doucher assise sur un ti banc de bois, devant d’autres femmes, tout aussi nues que l’on puisse l’être en de telles circonstances.

Donc me voilà à jongler d’hésitation, à chercher un autre moyen de me laver… pour finalement respirer bien profond et me dire qu’une paire de fesses reste une paire de fesses, pis que la tite madame de 70 ans qui vient d’entrer avant moi à sûrement d’autres choses à faire que de zyeuter ma mamelure dénudée ! Ça faique, j’ai exposé ledit body devant des Japonaises qui n’ont même pas remarqué le défi que je relevais à cet instant… mettons que j’me suis lavée vite en svp !! Pour le côté détente, on repassera !

L’ado lui, pendant ce temps, suivait sans gêne aucune les étapes minutieuses du lavage de corps, tout nu sur son ti banc, en observant furtivement la procédure protocolaire des hommes tout nus autour de lui. Il ressortit de son vestiaire avec une serviette blanche pliée en carré sur la tête (ça l’air que c’est d’même que ça se passe du côté masculin), ben relaxe et ben heureux de son expérience traditionnelle !

Comme quoi chacun vit ses aventures selon ses propres perceptions ! Je confirme toutefois que le bain thermal extérieur, avec comme décor une nature luxuriante, paisible et une architecture authentiquement nippone, finit par avoir raison de mon stress accumulé !

Après ce long rituel protocolaire, il est de coutume de revêtir un yukata, peignoir traditionnel, et d’aller souper ainsi vêtu. Le restaurant du ryokan est coloré par les parures de ses clients, pour le plus grand amusement de mon regard. Agréable moment à déguster un bon repas tout en ayant ce spectacle hétéroclite à savourer.

 

Jérémy avec son yukata
 
sandales de bois ainokura

 

Ainokura et son village au toit de chaume (gassho)

Quelques heures à rouler sur des routes qui n’en finissent plus de percer la montagne de ses tunnels, pour aboutir sur un village style gassho, classé patrimoine mondial.

 

village gassho

 

Unique de par son toit de chaume cette petite maison figée dans le temps se démarque aussi de par son foyer creusé à même le sol, en plein centre du « salon », surplombé d’un chaudron suspendu.

 

feu-au-centre-de-la-maison-au-toit-de-chaume
 
sandales de bois ainokura

 

Une petite madame nous accueille, toute souriante, foulard sur la tête. Elle nous installe dans une chambre traditionnelle, tatami et porte coulissante carrelée de papier blanc et de bois.

Petite balade dans le village parsemé de rizières, traversant les époques du regard, seul au monde exception faite de quelques villageois.

 

Village Gassho

 

Petit thé en guise d’apéro et repas traditionnel respectant l’Art culinaire japonais : la loi des 5. Nous avons même eu droit à un exquis petit poisson cuit traditionnellement sur la braise dudit foyer typique. Dé-li-cieux !

 

Village Gassho
 
Image

 

Gifu, première expérience dans un resto de sushi roulant

Tout heureux que nous sommes de manger de vrais sushis, avec le concept ô combien génial de voir, sur un mini carrousel, lesdits sushis défiler devant nos yeux affamés. Qui plus est, nous sommes assis directement à leur sortie de la cuisine. Le concept étant que tu commandes, sur un écran devant toi, la bouchée que tu veux. Ensuite une cloche annonce, encore sur l’écran, que ton sushi est prêt, qu’il va bientôt passer devant toi et que tu dois te dépêcher de le prendre avant qu’il fasse le tour…  Un peu comme le Dude pressé de récupérer sa valise en sortant de l’avion et qui se garroche brusquement vers le tapis roulant en apercevant son dû… Bon, ça, c’est ce qu’on a compris !

Et donc on commande, ça sonne, nous gloussons d’excitation en prenant ladite bouchée que nous croyions nôtre et savourons !

 

resto sushi roulant

 

Et c’est à ce moment que le p’tit monsieur d’à côté, clairement un habitué de la place, nous pointe les plats et une insigne tout en mâchant quelques mots en japonais… tout sourire que nous sommes, nous le remercions grandement, en hochant la tête de bas en haut, pour être poli tsé, sans comprendre quedale de ce qu’il dit. Une serveuse arrive ensuite avec un sushi identique à celui que nous venons de manger (en fait c’est le nôtre)… Sans comprendre, nous refusons le sushi, la remercions grandement, encore avec la politesse dans le mouvement de tête, toujours avec notre face de touriste beaucoup trop content d’être heureux !

On répète le scénario commande-sonnerie-excitation-saute-sur-le-sushi quelques fois quand soudain le p’tit monsieur s’agite encore une fois ! Il prend plus son temps et fait des mimiques plus claires… entoucas, on allume d’un coup en éclatant de rire… et le p’tit monsieur aussi nous fait honneur de son dentier, enfin satisfait de faire respecter la procédure ! Depuis le début on s’empiffre joyeusement avec les commandes des autres sans le savoir ! Sous le sushi, un écriteau, t’indiques, quand tu sais lire le japonais, que c’est TON sushi et non celui du dude 4 sièges plus loin !

On paye en fonction de la hauteur de la pile qui est mesurée avec une règle !

 

Resto sushi roulant

 

Château d’Inabayama, Oda Nobunaga, Seki

Jouqué tout en haut d’une montagne, ce château du 16e siècle aura eu raison de notre sudation extrême de par la vue imprenable sur la ville de Gifu, qui se love tout au pied des montagnes. Sans oublier les armures et les armes de samouraï, captivant l’ado durant d’interminables minutes.

 

Notre premier Airbnb à Seki

Une dame, Chisako de son prénom, avec son mari, nous accueille en plein milieu de la minuscule rue qui mène à sa maison, en faisant de grands signes. Car, bien évidemment, je n’ai aucune espèce d’idée de comment repérer une adresse japonaise et j’ai clairement l’air perdue au beau milieu de la rue !

Petit déjeuner convivial avec nos hôtes où Jeremy aura droit à un cours de cuisine privé sur l’art de faire une omelette japonaise.

 

Notre premier airbnb au Japon

Remarque : Tout est mini dans cette ville ! Les mini voitures cubiques, arborant d’impressionnantes teintes pastel, se faufilent adroitement dans ce labyrinthe surpeuplé. Les lignes sur le sol sont bien dessinées, blanches, bleues, rouges… on se croirait sur un tapis de jeu pour enfant grandeur nature.

 

Ukai, la pêche aux cormorans à Seki

Ukai, pêche traditionnelle japonaise

 

Chisako, notre hôte via Airbnb, a pris soin de nous réserver une place et nous y a même reconduits !

Les spectateurs logent dans une grande embarcation munie d’une table au centre et d’un toit. Nous avons donc eu le loisir de contempler le coucher de soleil sur la rivière Nagara avant d’assister à une présentation officielle des maîtres de pêches relatant l’histoire de leurs costumes, le rôle de chaque pêcheur et la façon dont ils ont dressé les oiseaux. Ensuite, que le spectacle commence ! L’excitation des oiseaux est palpable, tels des chiens de chasse affamés, ils plongent avec frénésie le long de la barque éclairée par la lanterne enflammée… moment inexplicable et oh combien magique ! Une expérience à vivre très certainement !

 

Ukai, pêche traditionnelle japonaise

 

Les Japonais utilisent des cormorans dressés pour pêcher depuis 1300 ans. 3 fois par année, les récoltes de cette activité sont destinées à la royauté. La pêche se déroule donc de nuit, où un feu à l’avant d’une barque éclaire les oiseaux. Un maître, traditionnellement vêtu, dirige ses oiseaux avec des ficelles tout en alimentant le feu.

 

Ukai, pêche traditionnelle japonaise

 

À la fin, il remonte les cormorans à bord et invite les bêtes à recracher les poissons ainsi pêchés. Spectacle tout aussi impressionnant que mystique.

 

Ukai, pêche traditionnelle japonaise

 

Magome et Tsumago

Le temps s’est arrêté sur la route de Nakasendô où les marchands et samouraïs foulaient le pavé pour se rendre à Tokyo à l’époque d’Edo (1600-1868). La vue est imprenable dans ce petit segment de la route non accessible en voiture. Il faut d’ailleurs emprunter une petite « ruelle » derrière les auberges pour atteindre noter logement. Tout en hauteur dans le sud des Alpes japonaises, le décor offre un spectacle tout simplement sublime.

 

Magome et Tsumago

 

De mignonnes cloches à ours balisent, à intervalles réguliers, les 7,7 km du sentier. Il n’en fallut pas plus pour faire naître en nous une peur démesurée d’une hypothétique rencontre avec le monstre que nous imaginions croiser notre chemin. Par chance, j’ai enfanté un personnage volubile, doté d’une faculté d’expression sans limites, ce qui a très certainement fait fuir tout animal se baladant à proximité.

 

Cloche à ours Magome-Tsumago

 

Nuit en montagne, Matsumoto

Plus la voiture grimpait la montagne, plus les tunnels rétrécissaient en largeur, jusqu’à devenir impensable de franchir 2 véhicules simultanément… bref, ce fut à mon sens, et à mon grand désarroi, car j’ai dû invraisemblablement manœuvrer plusieurs face à face périlleux et clairement « normalisés » par la citoyenneté japonaise

Au bout de ce trajet éreintant, nous arrivons dans une petite auberge d’un kitch démesuré, où le tenancier, d’une gentillesse égale à son côté kétaine, nous charme sans hésitation aucune !

 

Le tenancier kitch à matsumoto

 

Le château de Matsumoto

 

le château noir matsumoto

 

Château tout noir datant du 16e siècle. Toujours impressionnant à contempler avec les corniches retroussées, les alcôves destinées aux tireurs et les tuiles recourbées couvrant le toit.

 

Château noir de Matsumoto

 

Tous les détails pratico-pratiques de ce road trip se retrouvent dans l’article Japon : itinéraire et budget par région. 

 

Conclusion du road trip dans les Alpes japonaises : 1275 km clôturent ce mémorable road trip dans les Alpes japonaises. L’ado fut, soit dit en passant, un excellent copilote ! Ces 5 jours à rouler sur les routes japonaises, en montagne et conduite à gauche de surcroît, furent simplement un luxe qui en a valu la dépense. Émotions parfois fortes et parfois douces, fous rires, belles discussions avec l’ado, longs moments de silence ou longs moments de musique à tue-tête, décors majestueux, bordel de voiture et liberté absolue.

 

Lire la suite de l’aventure: Geisha à Kyoto & Moines à Koyasan 

 

 

N.B. Notez que toutes les photos de ce blogue sont miennes et ne sont pas libres de droits.

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