Pays visité du 25 septembre au 29 octobre 2019
Vingt-cinquième chronique de notre 14 mois en Eurasie (trip qui n’aura été que de 8 mois, Covid oblige). Elles se suivent toutes chronologiquement selon notre itinéraire. À vous de les lire dans l’ordre qui vous plaît. Bonne lecture!
Une des expériences à ne pas looper en Turquie est incontestablement le célébrissime hammam, ou bain turc.

Je vous laisse découvrir les détails de cette tradition turque (cliquez ici), pour vous relater ma propre expérience, tel que je l’ai vécue. Ceux et celles qui me suivent depuis un moment connaissent déjà la relation que j’ai avec l’exposition de ma nudité aux yeux de tous (Lire le récit d’aventure au Japon : Road trip dans les Alpes Japonaises )
Malgré tout, je décide courageusement de me lancer dans la tradition turque, sachant qu’il se peut que je doive exhiber le body, mais décidant volontairement l’ignorance de la procédure afin de minimiser l’anxiété de la chose. Car oui, je suis une personne anxieuse.
Je réserve en ligne dans un endroit chic et reconnu, le Ayasofya Hamami.
Et j’y vais.
Point.
Le stress monte proportionnellement avec l’approche de l’heure du RDV.
Je dépose l’ado devant la porte des messieurs, car c’est séparé, une chance! Lui, il vit sa nudité ben différemment et il raconte son expérience dans la belle tite vidéo qui suit. Nous avons décidé de ne pas nous raconter nos expériences mutuelles avant de la partager pour ne pas influencer nos récits.
Je me dirige donc vers l’entrée des madames, le pas un peu hésitant. J’entre dans une grande pièce circulaire, où des étages cloisonnés de treillis de bois s’étirent tout en hauteur. Des femmes en peignoirs sirotent leur thé turc avec une aura de zénitude leur flottant autour. Une belle jeune femme m’invite à remplir un questionnaire. Ensuite, une autre femme me donne mon kit et m’indique où ranger mes effets personnels.

Photo ci-haut : prise de l’intérieur du vestiaire. Les photos n’étant pas permises, j’ai joué rebelle pour quelques clichés volés en cachette.
Je me dévêtis, enfile la petite (mini) culotte de tissus papier offerte gracieusement, ne couvrant pas vraiment la totalité de ce quelle devrait couvrir, criss. Et je m’enroule soigneusement dans la tite couverte (peştamal) inclue dans le kit, prenant soin de la serrer pour qu’elle ne tombe pas, tsé. Mon accoutrement se clôture par de magnifiques gougounes en plastique mauves. Voir photo ci-bas (encore une photo de l’intérieur du vestiaire).

Je n’ai pas trop eu le temps de stresser ainsi vêtue, car tout de suite une 3e madame vient me quérir.
Celle-là , à mon grand étonnement, est presque autant toute nue que moi, sauf qu’elle semble incroyablement à l’aise dans son outfit.
Elle me salue en m’appelant Lady, se présente comme étant Ma lady à moi (keseci) et me prend la main. Surprise, j’ai eu le réflexe de retirer ma main. Ma lady souriante me la reprend doucement et elle passe devant pour me guider dans la salle des bains. Et là, nous entrons dans une autre salle, circulaire, tout de marbre, où règnent une chaleur humide et une odeur de doux savon. L’eau qui coule et son écho sont une mélodie absolument divine et envoûtante.
Au centre de la pièce trône une immense dalle de marbre, où des femmes nues se font recouvrir de mousse et masser par leur lady. Tout autour de la salle, des « alvéoles » composées de trois lavabos (kurna) chacune, sont en fait des stations de « gommage ». Je suis à la fois ébahie et angoissée par ce décor épuré et, disons-le, dénudé!
Je rappelle que durant ces 30 secondes de découvertes visuelles, je tiens toujours la main de ma tite madame et que je progresse vers mon cubicule à moi.
Elle m’installe à côté de mon ti lavabo, m’enlève ma couvarte sans préavis, celle-même que j’avais si soigneusement attachée… et me prie de me déposer le postérieur dénudé sur le banc de marbre chaud. Elle m’arrose alors le corps d’eau chaude et m’abandonne à ma nudité pour 10 minutes de relaxation, quelle me dit dans un anglais très de base.
Ce fut le pire 10 minutes de ma vie.
Nue.
Assise sur un banc de marbre à la vue de toutes.
Je ne sais pas où regarder.
Si je lève les yeux, je vois une dame se faire frotter vigoureusement le corps par sa lady. Si je baisse les yeux, j’en vois une autre se faire masser la nudité par une autre lady. Et si je baisse encore plus les yeux, c’est mon propre corps que je vois dans ce décor. Je choisis donc de faire semblant de me détendre en fermant les yeux.
C’est pire sti!
Inspire, expire, inspire…
Honnêtement, je panique un tantinet… Le temps file et je me dis que ma lady va revenir inévitablement…
(Ci-bas, encore une photo du vestiaire, mais le noir & blanc épousent à merveille le côté dramaturge du moment)

Ce qui devait arriver arriva, le retour de ma keseci.
Elle me garroche encore un peu d’eau avant de commencer à me scraper le body avec son gant style papier sablé.
Maaannnn elle y va avec rigueur, assez que je me dis que je vais perdre quelques frekkles au passage. Bref, le sablage des bras, ça va.
C’est quand elle décide de me sabler la devanture que le malaise reprend de plus belle. Aussi agréable qu’une mammographie! Puis elle poursuit son labeur en me râpant le ventre, les bourrelets et ma beautifull collection de vergetures. Ensuite la cuisse et l’entrecuisse, tsé question de faire une bonne job! Les jambes, les pieds et hop faut que je me lève. Le dos, les fesses, ben oui, et moi je suis debout face à la salle et à toutes ces autres femmes qui se font, tout comme moi, nettoyer en profondeur le body.
Je suis recouverte de tite boulettes brunes de peaux mortes. C’est écoeurant!!! Et ma peau est rougie par le frottage… Ma lady me rince bien comme il faut. La madame me demande si je vais bien. Yes yes no problem que je lui réponds, mais c’est clair que ma face doit dire autre chose, car ma lady me répond d’un regard incertain.
Ouf je crois enfin que c’est la fin, eh bien non!
Elle me prend la main, encore, et me demande de m’étendre sur le dos sur cette plaque de marbre au centre.
Ben voyons donc…
Dire que j’ai payé un prix de fou pour vivre ça…
La tite madame s’approche avec un sceau en cuivre. Elle y trempe une grosse guenille qu’elle balance de gauche à droite et qui se remplit de mousse comme par magie… et elle verse cette mousse sur mon corps. Ok, j’avoue, ce moment-là fut ultra agréable! Et le massage ensuite aussi. Mis à part le fait que le massage inclus la mammelure, le ptit gras ventral et le muscle fessier… moins à l’aise tsé.
On termine cette tournée de lavage turc par un shampoinage digne d’un grand salon. Ma lady m’entortille ensuite dans une serviette chaude et me reconduit dans le salon du début, où elle me sert un jus et un loukoum.
Oui, mon corps était plus détendu, certes, mais pour la détente mentale, on r’passera.
Bref, ce fut une expérience mémorable, que j’avais envie de vivre malgré l’angoisse et le malaise intense que ça m’a fait vivre. Justement, pourquoi tant de malaise?
Ce voyage est pour moi le lieu d’un voyage intérieur, un chemin différent, un angle nouveau afin de me percevoir tel que je suis. Regarder mes vulnérabilités et mes faiblesses, les reconnaître, les accueillir et les comprendre. Nous sommes un tout composé de lumière et de noirceur, de positif et de négatif, de grandes ardeurs et de moments d’immobilité.
Je chemine depuis des années vers la meilleure version de moi-même, pour moi simplement. Et je réponds à ce qui est susceptible de me faire avancer. Ce banal moment pour certains en fut un de grande avancée pour moi.
Ce bain turc, ou le fait de sortir me balader seule dans un pays lointain ou de m’être délestée de presque la totalité de mes biens matériels. C’est un chemin, une décision de voyage plus grand que ce que je ne pourrai jamais écrire ou photographier.
À suivre : Trabzon et son monastère et fin de notre aventure en Turquie.
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N.B. Notez que toutes les photos de ce blogue sont miennes et ne sont pas libres de droits.
9 réponses
J’ai quand même rit fort en lisant ça ! Faire une belle job, c’est important! 😉
Hahaha !!! Tant mieux si ce récit fut un moment de détente pour toi!! Je dois dire qu’après coup, j’en rigole aussi pas mal!!
Mon dieu que j’ai ris, ici toute seule sur l’heure du lunch…pas un chat autour de moi, j’en avais mal au ventre tellement tu m’as fait rire. Je pouvais imaginer ta face et que j’aurais aimé être un ti oiseau pour assister à cette tranche de vie….Merci de nous partager 🙂
Hahahaha Alors mission accomplie!! Si au moins cette épreuve peut avoir eu un effet positif pour d’autres, je suis comblée!
Tu racontes tellement bien que oui, tu m’as fait rire, sourire, surtout. Ton souci du détail a l’avantage que je sais que je n’aurai pas besoin d’expérimenter tout cela, si jamais je vais en Turquie! Bonne continuité!
Merci Manon!!
Ton récit m’a bien fait sourire… très imagé ! 😉
Et je vous assure chère Marielle que c’était tout en image aussi dans ma tête!!! Une histoire de dépassement je vous jure! Du moins, pour moi hahah
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